Paris, Place Forte du Marché de l’Art [0/5_L’Edito] – Notre Systématique d’Approche : un Contrepied des Négations et Pessimismes Ambiants

Le marché de l’Art reprend. Tandis que l’été nous échappe, il bourgeonne à nouveau, pour l’éclosion automnale des foires internationales. Certains scandent qu’il n’a jamais connu l’hiver ; d’autres exhibent son dépérissement. Qu’en est-il ? Depuis Paris, l’approche du Parcours des Mondes, de la Biennale des Antiquaires, des Journées européennes du patrimoine, de la Paris Design Week, de la FIAC, de Paris Photo, de la Biennale de Lyon, ou encore de la YIA Art Fair interroge.

Pourquoi serait-il de bon ton de courir ces rendez-vous ? Pourquoi est-il pertinent de miser sur la France, son tissu culturel, son droit, et son marché ? Pour cette rentrée, par quelques vues et quelques revues de presse, Turquoise se propose de vous faire partager quelques sessions de rattrapage : Paris, place forte du marché de l’Art, vous appelle du pied.

© Simon Rossard, pour ATurquoise.


Pour Turquoise, cette revue vise avant tout à offrir aux amateurs et collectionneurs du monde une description complète et analytique du marché de l’art parisien. Son étude, dont la teneur se veut économique, internationale et comparative, offre toutefois d’entrevoir une multitude d’enjeux juridiques, dont la réponse repose au cœur de l’expertise du cabinet. Ainsi, chaque point proposera sous la forme d’un encadré préalable un lot de questionnements juridiques utiles au succès d’une entreprise de collection artistique internationale.

 

L’idée allénienne d’un Paris déchu valait déjà en 2002 l’honneur d’une exposition à la Royal Academy of Arts de Londres. Partagée entre faits et mythes de l’âge d’or, celle-ci rappelait par la plume de Gladys C. Fabre le propos suivant:

« De 1900 à 1968, Paris est encore la capitale internationale des arts et des lettres. Montmartre, Montparnasse, Saint Germain des prés et le quartier Latin ; tous ces quartiers Parisiens, sont liés au vécu et à l’imaginaire des artistes, parmi les plus célèbres de Braque, Picasso, Matisse, Chagall, Modigliani, Foujita, Brancusi, Kandinsky à Fautrier, Dubuffet, De Stael, Vasarely, Yves Klein, Niki de Saint Phalle.[1] »

Or, ce qui valait ici pour les artistes valait aussi pour leurs marchands. Il faut dire qu’il fut un temps où Paris représentait près de 80% des ventes dans le monde[2]. Il faut dire aussi, qu’il fut un temps où les gants de soie parisiens cachaient une main de fer verrouillée sur l’art et chaque bouture de son marché.

Verrouillée, ou rouillée, cette main dit-on ne sut pas s’assouplir. Au fil des années, elle laissa glisser entre ses doigts l’immense majorité de ses parts de marché, tant et si bien que le Sénat français se saisit finalement de la question. Mais alors qu’il publiait en 1999 un rapport complet sur « les chances de la France dans le Marché de l’Art »[3], ce même marché s’emballa de plus belle, actant une déroute française pérenne pour quinze nouvelles années. Tandis que le marché de l’art contemporain bondissait de +1 370 %[4], la France, dans sa spécialisation aux arts anciens, vit le produit de ses ventes passer de 8,6% du marché en 2002 (elle était alors leader du marché de l’art en volume avec près de 16.8% des transactions mondiales[5], plaçant l’Europe en tête du marché) à 3,3% en 2014 (enregistrant même en cette année une chute record de 10%[6]). Ainsi commença le régime de la terreur, une terreur numérique, qui par quelques courbes sortit fatalement la France de la grande scène. Celle-ci, dès lors, embrassera la quatrième place du marché de l’art, bien loin derrière la Chine (37,2%), les Etats-Unis d’Amérique (32,1%) et le Royaume Uni (18,9%).

Dix-sept années après le rapport sénatorial, une table Ronde fut organisée à Drouot afin de réévaluer les chances de la France dans le marché de l’art le 13 octobre 2016[7]. Un mois plus tard, un rapport fut déposé à l’Assemblée Nationale le 16 novembre 2016 dans le cadre de la Commission des Affaires Culturelles et de l’Education par M. le Député-Rapporteur Stéphane Travert, et sous la présidence de M. le Député Michel Herbillon[8]. Alors encore, les chiffres parlèrent, et ne souffrant aucun appel, rappelèrent une ambiance morose[9], où le déclin français était depuis dix ans affiché, répété, médiatisé, et politiquement analysé.

Pourtant, d’aucuns estiment que quelques lueurs subsistent. Au jour de cet écrit, le marché de l’art contemporain est consolidé, Paris cherche à se réinventer, et les cartes se redistribuent. La confiance des opérateurs semble revenue, et la valeur refuge de l’art est consacrée parmi le « SWAG » (Silver, Wine, Art, Gold) de nos collectionneurs.

Une question se pose alors ; et parce que celle-ci regorge d’enjeux juridiques, Turquoise souhaite y répondre en cinq points, cinq points de vues, cinq revues de presses, pour offrir à grands traits la synthèse de ces dernières années.

L’heure est-elle toujours au pessimisme français ?

 

[1] http://www.gladysfabre.com/publication/1714/Paris__Capitale_des_Arts_1900-1968/

[2]http://www2.assemblee-nationale.fr/documents/notice/14/rap-info/i4234/(index)/rapports-information

[3] https://www.senat.fr/rap/r98-330/r98-330_mono.html

[4] https://fr.artprice.com/artmarketinsight/artprice-rapport-sur-le-marche-de-lart-contemporain-2016

[5] https://imgpublic.artprice.com/pdf/trends2002.pdf

[6] https://imgpublic.artprice.com/pdf/rama2014_fr.pdf

[7] http://www.drouot.com/static/drouot_evenement_detail.html?idActu=14478

[8] Rapport du 16 novembre 2016 précité

[9] http://www.latribune.fr/opinions/tribunes/marche-de-l-art-en-france-ou-est-passe-notre-bernard-buffet-609208.html

[10] Illustration : Le désespéré (détail), 1843-1845, Gustave Courbet (1819-1877), Huile sur toile, H. 45 ; L. 54 cm, Paris, Musée d’Orsay, Domaine Public

[11] Article PDF : Paris, Place Forte du Marché de l’Art [0/5_L’Edito] – Notre Systématique d’Approche : un Contrepied des Négations et Pessimismes Ambiants